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Mortefontaine rejoint la marque des « Villes Impériales » 

Mortefontaine vient de franchir une nouvelle étape dans la valorisation de son patrimoine et de son histoire en rejoignant, en tant que partenaire, le réseau national des Villes Impériales. Ce label prestigieux, créé pour mettre en lumière les communes liées à l’histoire napoléonienne et au Second Empire, rassemble aujourd’hui une trentaine de villes françaises dont Compiègne, Fontainebleau, Rueil-Malmaison, Ajaccio ou encore Saint-Cloud. 

Cette adhésion reconnaît la richesse historique de Mortefontaine, intimement liée à la période impériale. En effet, c’est ici que Joseph Bonaparte, frère aîné de Napoléon Ier, fit l’acquisition du château en 1798. Mortefontaine fut alors le théâtre de nombreux événements diplomatiques et politiques majeurs, notamment la signature de la Convention de Mortefontaine en 1800 entre la France et les États-Unis, acte fondateur du rétablissement des relations entre les deux nations. 

Devenir partenaire du réseau “Ville Impériale”, c’est avant tout s’engager dans une dynamique collective : valoriser un héritage historique commun, renforcer l’attractivité touristique et culturelle du territoire, et partager des actions de promotion autour du patrimoine impérial français. Mortefontaine participera ainsi aux échanges entre collectivités membres, à la diffusion des bonnes pratiques et à la préparation d’événements conjoints destinés à faire rayonner l’histoire impériale sous toutes ses formes. 

Cette démarche s’inscrit pleinement dans la volonté municipale de préserver et d’embellir le cadre de vie des Mortifontains. À travers ce partenariat, la commune réaffirme son attachement à un urbanisme harmonieux, à la qualité paysagère de ses espaces publics et à la mise en valeur de ses bâtiments emblématiques. Développer cette marque, c’est aussi affirmer l’excellence de notre village, où patrimoine, nature et vie locale s’équilibrent avec élégance. 

Dans la continuité de cette dynamique, la municipalité souhaite associer les écoles publiques et privées de Mortefontaine à la découverte de ce passé impérial. Des projets éducatifs et culturels seront progressivement mis en place pour sensibiliser les plus jeunes à l’histoire locale et à ses liens avec l’étranger. Enfin, le jumelage avec nos amis américains de Bordentown, où Joseph Bonaparte vécut après son exil, prendra toute sa place dans cette ouverture internationale, en favorisant les échanges entre élèves et habitants autour des valeurs de culture, de mémoire et d’amitié entre les peuples. 

Cette entrée en partenariat marque ainsi une première étape vers une mise en valeur toujours plus ambitieuse du patrimoine et du cadre de vie de Mortefontaine. 

Les poiriers de Mortefontaine : monuments du paysage et témoins du temps 

Lorsqu’en 1798, Joseph Bonaparte acquiert le château de Mortefontaine, il s’attache à faire de son domaine un modèle d’équilibre entre beauté, ordre et production. Comme le rappelle la Société d’Histoire Aquilon, il investit des sommes considérables dans le réaménagement du parc, le drainage des zones humides, la création de pépinières et la plantation d’arbres fruitiers, notamment des poiriers d’alignement. Pour lui, un domaine devait non seulement plaire à l’œil mais aussi rapporter de quoi s’entretenir — une vision à la fois esthétique et économique, caractéristique du rationalisme agricole de la fin du XVIIIᵉ siècle. 

Ces plantations s’inscrivaient dans un cadre paysager déjà façonné par les générations précédentes. Louis II Le Peletier, ancien propriétaire du domaine avant la Révolution, avait déjà transformé Mortefontaine en un paysage structuré de vallons, de haies et de vergers. Joseph Bonaparte prolonge cette œuvre en amplifiant le maillage arboré et en imposant une vision ordonnée du territoire, visible sur les plans du cadastre napoléonien de 1810 et les relevés du plan de 1839 conservés à la Bibliothèque nationale de France 

06 SOCIETE HISTOIRE AQUILON ETU… 

Les poiriers de Mortefontaine s’alignaient alors le long des chemins, formant de véritables corridors agricoles et esthétiques. Les variétés plantées, souvent rustiques et âpres, n’étaient pas destinées à la consommation humaine : elles servaient à nourrir les cochons, après cuisson dans de grands chaudrons. Ces arbres, à la fois utiles et ornementaux, traduisaient la complémentarité entre le paysage nourricier et le paysage d’agrément

Les sources du GEMOB rappellent que Joseph Bonaparte fit appel à Antoine-Denis Lefèvre, jardinier et pépiniériste renommé, pour ces plantations. Son travail associait rigueur géométrique et adaptation au relief, renforçant la structure visuelle du domaine tout en favorisant la productivité agricole. Le paysage de Mortefontaine se composait alors d’une mosaïque de bois, de vergers, de prairies et de zones humides — notamment autour de La Teste et de la Thève — qui conféraient au territoire une richesse écologique exceptionnelle. 

Aujourd’hui encore, ces poiriers bicentenaires demeurent les ultimes témoins d’une époque où l’économie rurale façonnait le cadre de vie. Leurs troncs noueux et leurs silhouettes tordues racontent deux siècles d’histoire, de tempêtes et de soins successifs. Ils sont devenus de véritables monuments du vivant, comparables à des chapelles ou à des croix de chemin dans leur fonction de repère et de mémoire. 

C’est pourquoi la chute ou l’abattage d’un de ces arbres suscite toujours une profonde émotion. Voir tomber un poirier de Joseph Bonaparte, c’est perdre un fragment de l’histoire de Mortefontaine. Ces arbres ont vu passer les Bonaparte, les fermiers du XIXᵉ siècle, les guerres et les mutations du monde rural. Leur disparition marque à chaque fois un deuil discret du paysage. 

Conscients de cette valeur patrimoniale, les agriculteurs de Mortefontaine ont choisi de les respecter. Ils ne labourent plus à proximité de leurs troncs, préservant leurs racines fragiles. Ce geste simple mais essentiel permet de prolonger la vie d’arbres âgés de près de deux cents ans et de maintenir un lien tangible avec le passé. 

Cette reconnaissance est désormais officielle : les poiriers de Mortefontaine sont classés au titre des “arbres remarquables” dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU). Ce classement, inspiré par les recommandations du GEMOB, consacre leur importance à la fois écologique, paysagère et historique. Il rappelle que ces arbres ne sont pas de simples témoins du passé, mais des acteurs vivants de la continuité du territoire. 

Préserver les poiriers de Mortefontaine, c’est préserver l’âme du paysage voulu par Joseph Bonaparte. C’est aussi rendre hommage à la patience des générations qui, depuis deux siècles, ont su entretenir un équilibre entre la nature, la culture et le travail humain. À travers eux, Mortefontaine conserve non seulement un décor, mais un souffle d’histoire — celui d’un domaine où la beauté, l’utilité et la mémoire ne font qu’un.